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Accueil Histoire Les racines du Pays Les racines du Pays - Chapitre 4
Les racines du Pays - Chapitre 4

Denier avec le profil lauré de Charlemagne

L’œuvre civilisatrice semblait rétrograder lorsque Charlemagne s’empare de l’Austrasie. En raison de l’importance de l’empire, le souverain désignait parmi les nobles les charges de provinces d’abbayes et de prieures. En 769, il cède le monastère de Saint Dié à l’abbaye de Saint Denis. Son père y reposait déjà et lui-même souhaitait y être inhumé. L’abbé de Fulrad de Saint Denis y entretenait 10 à 15 moines chargés de prier pour l'empereur et son père, de jour et de nuit. Charlemagne, en 770 et 780 interviendra également dans les affaires de Senones et de Moyenmoutier.

Le plus intéressant pour nous reste les voyages des carolingiens entre Aix la Chapelle et Remiremont. On trouve ainsi dans la chronique de Saint Arnould rapporté par G. SAVE : "l’Empereur passe le temps de cet été en chasses et délassements, traverse la forêt des Vosges, se rend à Remiremont dans son château puis regagne Thionville pour y passer l’hiver".

Au cours d’une chasse dans notre région qui faillit lui coûter la vie au passage de la Meurthe (Murt), Charlemagne fonda une église vis-à-vis de ce lieu : Sainte Marguerite, à laquelle il donna autant de privilèges qu’à Notre Dame d’Aix la Chapelle. Cette construction donne lieu à des controverses sur le plan historique. En effet, Sainte Marguerite fut l’une des premières églises construite par Saint  Déodat, nous l’avons vu. Cependant, il existe bien dans cette église, dont nous sommes les paroissiens, des vestiges de la reconstruction carolingienne.

Voici l’analyse qu’en fait G. SAVE :

"Sur sa façade septentrionale, au dessus des fenêtres, on voit trois bustes d’hommes accoudés sur la muraille qui semblent supporter un lourd fardeau. La forme des moustaches, la coupe des cheveux indique bien la période carolingienne. Deux têtes de la même époque, l’une plus grande que nature sont encastrées au dessus.

Sur la façade orientale, quatre autres têtes semblables sont irrégulièrement distribuées dans la maçonnerie. L’absence de symétrie prouve qu’elles ont été encastrées là comme ornements provenant d’un ancien édifice mais ne faisant pas partie du plan de décoration du 13ème siècle. Par ailleurs, la pose des figures accroupies indique bien qu’à l’origine elles supportaient colonnes ou pilastres, types de constructions carolingiennes."

Façade orientale de l'Eglise de Sainte Marguerite

Charlemagne visait à une réforme générale des monastères. Ceux-ci changeaient souvent de propriétaires : cause des grandes querelles. En premier, il y fit ouvrir des écoles. Dans notre région, il donna à l’évêque de Toul les monastères de Moyenmoutier et de Galilée avec le droit de battre monnaie. A sa mort, sous l’habit de moine, en 855, son fils devient roi de Lorraine.

Le 10ème siècle révèle sa logique politique : le morcellement territorial, les velléités locales laïques ou ecclésiastiques et l’effort des puissants pour rétablir leur autorité tout en se querellant entre eux.

A cette époque, GRAVIER nous parle de l’église qui accumule les richesses, notamment par le rétablissement de l’excommunication. Les pénitences deviennent tellement abusives qu’il fallut y pourvoir autrement et on imagina de les faire racheter par des aumônes à l’église.

Le peuple habitué à la servitude se soumit à ces lois. Peu de gens savaient lire et écrire. Tout se faisait à la taille (morceau de bois sur lequel on marquait par des incisions les quantités de marchandises vendues).

Les métairies, ou fermes des Vosges, n’étaient composées que de 20 à 40 jours (5 à 6 hectares) exploitées par une famille à laquelle le propriétaire adjoignait un esclave si les besoins de la culture l’exigeaient.

Les redevances sont nombreuses. Charles PFISTER en a dressé un tableau synthétique pour le Curtis de Mandray (sorte de chef-lieu qui collecterait pour un espace géographique entre Saint Dié et la Haute Meurthe) :

En nature :

 

  • les corvées pour les labours restent arbitraires,
  • l’obligation de nourrir les chiens (ou plutôt les chevaux !) des chanoines en visite,
  • la fourniture de 8 charretées de bois à l’avent,
  • en Automne, 21 seilles pour le droit des tavernes,
  • à Pâques, 372 poulets.

 

Denier avec le profil lauré de Charlemagne

 

En argent :

 

  • 19 juin - Cens de la terre : 100 sous,
  • 19 juin - Fenaison : 22 sous,
  • 19 juin - Moisson : 5 sous,
  • 19 juin - Conduite du vin : 3 livres et 6 sous,
  • 11 novembre - Plaid : 4 sous,
  • 11 novembre - Droit de marché : 20 sous,
  • 11 novembre - Patente : 14 sous,
  • 11 novembre - Cens de la forêt :
  • 6 sous,
  • Noël - Plaid : 14 sous,
  • Noël - Droit de marché : 20 sous,
  • Carême - Taverne : 3 sous,
  • Mai - Droit de marché : 20 sous,
  • Mai - Patente : 14 sous,
  • Mai - Droit d’autel : 28 sous.

 

Précisons que les corvées consistaient à faire pour le maître autant d’ouvrages que pour soi-même.

Le brennage est une redevance en son ou en grosse farine pour les chiens et les chevaux.

Le cens sur la forêt est dû par les éleveurs, agriculteurs qui ramassent les bois morts, graines et autres fruits sauvages.

Une seille contiendrait 60 litres de vin. Ce vin qui semble surtout venir d’Alsace, d’où la taxe "conduite du vin". Cependant la vigne occupait la pente méridionale des Vosges. L’assèchement des marais et le défrichement du pied des montagnes avaient tempéré le climat. A la fin du 10ème siècle, dans les archives de Saint Dié, il est fait mention de vin que le chapitre tirait de Robache,  Mandray, Taintrux, Les Fosses-Varcosés et la Behouille au pied de l’Ormont. Ces vignes cessèrent d’être cultivées au 17ème siècle.

Le corvéable se nourrissait de pain, d’ail et de sel qu’on lui portait aux champs. La chair et le tourteau constituaient le

repas du soir.

Les serfs chargés d’approvisionner de bois les monastères devaient en plus, chaque année, faire de petits fagots en bottes composés d'une lanière d’écorces de jeunes sapins pour l’éclairage.

La tenue des plaids ou cessions de justice produit un droit fixe entre les amendes et les confiscations. Les femmes étaient chargées de tout ce qui appartenait à la couture pour ce privilège. Elles avaient la charge de coudre les caleçons et les chemises des moines.

Les manants seront longtemps tenus d’épouser une femme de leur condition et qui dépende du même seigneur qu’eux. Tout serf qui fuit la seigneurie est pourchassé par son seigneur. Dès le 10ème siècle, Saint Dié se trouve sous la protection ducale (la collégiale venait d’être constituée en 962). Il faudra cependant des siècles pour régler l’anarchie et que s’impose un pouvoir ducal centralisateur qui soumet les grands vassaux, installe ses châtelains dans les grandes forteresses et les écuyers dans les maisons fortes pour tenir chaque ban.

 

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